Un Maxi Rêve pour une Maxi Race (tour lac annecy)
Voilà bien longtemps que toute la belle histoire qui va suivre ne m'était plus arrivée. Et quelle chance de renouer avec l'effort au long court avec au bout, l'accomplissement du rêve devenu réalité.
2010, dernière épopée sur un ultra qui se termine sans saveur, un UTMB stoppé, une course "volée", un esprit "envolé"... plus de poésies, absence de saveurs, l'aventure disparaît peu à peu... puis pas à pas l'envie s'en va.
Lassitude du job chronophage cannibale de notre temps... il me manque du piment, un défi insensé, une aventure incroyable... puis le rêve "trottinne" dans la tête... Ah le rêve, saveur délicieuse qui me permet de "courir" sur la toile les belles virées en montagne proposées au travers des alpes...
Le rêve, elixir de l'inconscience, me voilà inscrit, un soir d'hiver, de nouveau, sur un ultra.
Quelle folie a bien pu me prendre ? Me voilà lancé dans "Mon défi", que je souhaite vivre égoistement SEUL. Pourquoi ? l'envie de se prouver à soi-même ses capacités, "capable de le faire", une sorte d'introspection en connivence avec son corps, ses sensations, son mental...
Sur le papier, 86 km... ça me parle... c'est le même kilométrage que mon 1er Ultra, la CCC en 2006 déjà... comme si ce kilométrage me rassurait...me disant: "tu peux le faire !"
Maintenant, l'entrainement! Si difficile de chausser les runnings dès lors que l'endorphine n'est plus là... Cette "coke" du sportif "accompli" qui ne peut plus vivre sans sa dopamine... Voilà, moi, même si j'ai ce rêve en tête, je n'ai pas envie d'y aller... toujours une bonne excuse... puis ce corps "rouillé" avec ces "putains" de vis dans les chevilles, souvenir d'une sale chute en haute montagne... ce coeur qui bat au ralenti avec ces "putains" de médoc... rien qui ne soit comme avant ! Mais finalement, je cours, surement pas comme avant, peut-être plus pour très longtemps, alors profites-en et cours comme tu le sens... voilà tout alors bien souvent on marche plus que l'on ne court !
Mi-mars, c'est après un séjour en montagne que l'entrainement se précise, s'accélère... la machine commence à redémarrer... le planning s'affine avec un raid avec jean-phi, puis du dénivelé (oups) grâce à Bruno, des sorties longues... comme avant !
31 Mai...1h30 du Mat'... début du longue journée... fini le rêve... c'est bien la réalité... direction le sas de départ... dossard 1549... tout au fond... le départ est donné à 3h01... je ne revis pas les émotions fortes, avec les frissons, comme vécues lors des départs de la CCC... Dommage ! Je me rends compte que je suis plutôt zen, serein, ma plus grande inquiétude, ce sont les barrières horaires. Elles me paraissent serrées, ou bien peut-être le circuit est roulant, et ca devrait le faire ! Au final, C'est bien la 1ère option qui va s'avérer nouveau pour moi.
Sans connaissance précise du circuit, d'entrée une 1ère difficulté, la montée au Semnoz pendant 20 km... pas très pentu... 6h00 du mat' au sommet... Magnifique ! Je plane au-dessus des nuages comme dans un "rêve"...
Enchaînement avec la descente, à petits pas, sans trop d'assurance, pour rejoindre la 2ème diffficulté qui sur le profil est peu impressionnante, mais qui sera peut-être celle qu'il fallait la mieux gérer avec boue, des appuis glissants sur des pentes aux forts pourcentages... Nous sommes en plein dans la brume... Et là, la 2ème descente me tétanise... le chemin est technique, glissant, par 2 fois ma cheville se dérobe... je marche et me fais souvent doublé... la douleur à la cheville est déjà très présente... A ce moment là, je ne sens pas trop bien la suite de la journée, seulement 32 km sont parcourus.
Je ne "psychote" pas trop non plus, lucide, je me pause, me ravitaille et préviens la famille de mon arrivée à Doussard (mi-parcours) dans 1 heure... Bon il m'en faudra plus pour rejoindre le ravitaillement... Là, je suis heureux de retrouver tous mes supporters... que je rejoins à l'extérieur du gymnase (ça pu trop la dedans)... 30' pour manger, boire, refaire le plein, masser la cheville... et me voilà reparti avec 1h00 d'avance sur la barrière horaire, cette fois-ci avec les bâtons, et surtout bien motiver pour aller au bout...
C'est donc une nouvelle course qui commence maintenant, et 1100 m de dénivelé à avaler en passant par le col de la Forclaz, le chalet de l'aulps, et le pas de l'aups, pour redescendre en directissime à Menthon St Bernard, 1100 mètres plus bas. Cette phase de course de 40 à 70 km va être superbe, sur tous les points, la sensation d'être de mieux en mieux physiquement, des chemins sympas, un soleil de plus en plus avenant, moins de densité... tout est plus plaisant...et même la descente... sur un chemin plus large est moins glissante. Cependant le temps passe vite, la barrière à Menthon est à 18h00, au sommet, si je suis trop lent dans la descente, ça risque d'être chaud pour moi. Raisonnablement, je rentre au ravito à 16h40, m'octroie 20' se transformant en 25', et repart pour la dernière section de 16 km, dont 10 en montée, avec 55' minutes avant la barrière horaire.
La suite va être plus difficile parce que le chemin est moins intéressant, et que la fatigue se fait sentir... Pour les barrières horaires, ce n'est pas encore gagné... il m'en reste une à passer avant le sommet et avant 19h30... mais lorsque l'on ne connaît pas le parcours, il est bien difficile de se projeter. Et je sens bien que l'inquiétude règne également chez les coureurs avec qui je partage cette dernière étape. Cette montée sera interminable, parce que la particularité de ces courses à 1700m maxi vous fait souvent courir en milieu boisé, sans perception de sommet ou col à franchir en perspective... En clair, on n'en voit jamais le bout... Je subis un coup de "pompe" en début de montée, me force à manger (ce qui devient plus difficile), et repart à mon petit rythme pour passer avec 30' de délai la fameuse dernière barrière... désormais, c'est gagné... enfin presque puisque la fin de course est à 21h00. Je me dis qu'il reste la descente à gérer... Ca va le faire... c'est sans compter l'arête finale entre le Mont Baron et le Mont Veyrier, qui certes offre une vue splendide sur le lac, mais ne se laisse pas prier par son chemin hyper technique...toujours en montée...
Enfin la descente, la dernière, celle que je fais tout en sécurité, tellement pas envie de laisser une cheville si près du but. Elle sera longue et fastidieuse, arrogante à entendre le speaker, et puis toujours cette barrière horaire, qui finalement m'oblige à accélérer... Ce sera vraiment sur la toute fin de descente, dès lors que le lac se fait proche, que je peux commencer à savourer... L'émotion, cette fois-ci, est bien palpable... je suis heureux d'arriver, de retrouver la famille qui piaffe d'impatience... Nous longeons le lac sur les pontons... et à 200m de la ligne, mes enfants, ma nièce me rejoignent et m'accompagnent dans mes dernières foulées vers la ligne d'arrivée...
Quelle émotion, la larme à l'oeil ! je viens de faire quelque chose dont je ne me croyais plus capable. Je suis fière d'avoir réussi Mon défi; ce n'est plus un rêve, mais bien la réalité... J'ai adoré, finalement comme avant !
La MAXI RACE, à retenir le cadre, des paysages magnifiques, un parcours équilibré et varié, accessible aux suiveurs, une belle organisation
La MAXI RACE, à éviter les multiples format de course en même temps, la densité de coureurs, l'ambiance du départ (bof), la convivialité du ravito de l'arrivée (là, on est bien meilleur)
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