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Le blog de atrasaventure

Retour sur ma TDS 2015

29 Septembre 2015, 21:00pm

Publié par Vincent

Retour sur ma TDS 2015

Il ne faut jamais dire "Jamais". En 2010, j'avais pourtant dit que l'UTMB, c'était terminé. Déçu par les évènements et la course gâchée (arrêt par l'organisation pour mauvais temps), je m'étais juré de ne plus y revenir.

Comme qui dirait, il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis...

2015, nouveau défi la TDS... pour se prouver à soi même "En suis-je toujours capable ?". Voilà un beau défi qui sera l'objectif de la saison.

Le temps passe... la donne change... depuis 2006 et mon 1er Ultra la CCC...

Famille, boulot, santé, l'ensemble est différent mais tout aussi séduisant autrement. La famille, les enfants ont grandi, ils vont vivre la course plus intensément et le partage en sera multiplié. Le boulot, il faut composer et l'organisation impose la rigueur. Voilà que je me remets à penser l'entrainement, l'enchainement des courses, le tout à nouveau annoté sur mon carnet d'entrainement. La santé, ce sera avec un potentiel plus limité et finalement gage de sagesse pour une épreuve d'ultra.

Le contexte est planté... plantons le décor maintenant.

Retrait du dossard à Courmayeur. Un choix judicieux pour vivre une avant-course tranquille. Peu de coureurs ont fait ce choix. Pas d'attente, une simple formalité. Fin d'après-midi, on finalise les sacs en famille avec les quelques consignes sur mes attentes aux points de rencontre envisagé.

Retour sur ma TDS 2015
Retour sur ma TDS 2015
Retour sur ma TDS 2015

Dodo dans le van à 500 mètres du départ... une bonne nuit et le réveil à 5h00 du mat pour un petit déj classique. 5h30, accompagné de mes supporters, nous rejoignons la ligne de départ. Jusqu'à maintenant, nous aurons vécu dans notre bulle, très loin de l'agitation et de la foule drainée par l'évènement.

5h45, après m'être délesté de mes sacs pour la mi-course et l'arrivée, je suis prêt. En fin de cortège, j'attends patiemment le départ. Une dernière bise aux enfants et à Nathalie, eux aussi vont vivre une longue journée à me suivre par monts et par vaux. La musique commence à raisonner dans les rues de Courmayeur (1220m) . Peut-être est-ce le fait d'avoir déjà vécu ces départs orchestrés, l'émotion n'est pas aussi forte que d'autres fois. Voilà 6h00... et nous y sommes. Un départ en marchant au rythme du flot de coureurs, me voilà parti pour une belle aventure parmi les 1809 ultratrailers.

J'aime finalement cette situation de ne pas connaître ce qui m'attend. J'ai bien évidemment étudié le parcours, projeté ma progression pour évaluer les durées d'efforts... mais finalement je ne connais pas bien cette partie des Alpes. Excepté la fin de parcours, les ascensions et les descentes me sont totalement inconnues. Et je décide donc de partir prudemment... car il est également annoncé de fortes chaleurs !

La première ascension nous amène jusqu'à l'arête Mont Favre (2409m) . Toute cette 1ère partie se fait dans un flot dense de coureurs provoquant ralentissements et bouchons dès que le chemin devient moins large... Profitons des embouteillages pour lever le nez... Je profite du paysage avant de regarder cette fois-ci mes pieds pour la 1ère descente. Tout va pour le mieux, aucune douleur à ma cheville. Les sensations sont Top. La météo est parfaite avec un lever de soleil offrant l'ombre portée des montagnes sur nos pas. La fraîcheur est agréable,nous voilà déjà au lac Combal (1970m).

Ravito express, je complète mon bidon, et repart aussitôt. Point culminant de la course, le col Chavanne (2584m) nous attend. Aucun risque de se mettre dans le rouge, installé dans la file, je suis et subis la longue procession qui s'élève sur un chemin escarpé. Au passage du col, je me dis qu'il me reste plus que 100 kms... Ces courses au long court ont le mérite de vous faire perdre la notion du temps. Voilà déjà 3h50' de course, et j'ai comme l'impression d'être tout juste parti !

Les choses sérieuses commencent. Il faut se mettre en mode descente. Descente roulante et piégeuse à souhait; on a comme envie "d'envoyer". C'est là que l'expérience acquise me dicte de surtout descendre au frein moteur. La route est longue... nous sommes maintenant sur un versant bien ensoleillé. Il est 10h00, et en effet la journée va être chaude. Je m'oblige à courir quand certains commencent déjà à marcher. Puis à suivre, une alternance de petites montées, puis traversées, descentes avant remontées pour rejoindre le lac de Verney contourné par sa droite. A ce moment là, environ 30 km de course, et cumulé à la chaleur de plus en plus présente même à 2000 m d'altitude, je ressens un premier coup de moins bien. Il va vraiment falloir bien gérer ce paramètre de course. Avant de rejoindre le ravitaillement du col du Petit St Bernard, il nous faut grimper 100 mètres bien raides à travers les rodhodendrons. De nombreux spectateurs nous encouragent par notre prénom mis en avant sur le dossard. C'est très sympa.

La course s'est vraiment internationalisée. Et je m'amuse très souvent à observer la nationalité des coureurs avec qui un bout de chemin est parcouru. Chinoise, colombienne, australienne, portugais, duo chilien, polonais, satané italien toujours à parler, des espagnols incroyablement nombreux... J'ai adoré ce mélange.

Retour sur ma TDS 2015
Retour sur ma TDS 2015
Retour sur ma TDS 2015

Retour sur la course, je croise pour la 1ère fois la famille au col du petit st Bernard. Il est déjà Midi. Pierrot m'accompagne sur quelques foulées. Cette fois-ci, je me ravitaille abondamment, fait le plein d'eau en y ajoutant du sirop, grignote oranges et bananes. Après 10 minutes, me voilà reparti en direction de Bourg St Maurice. La descente est annoncée longue et peut-être terriblement néfaste pour la suite de la course du fait de sa longueur. Pour tout dire ce qui me préoccupe plus est la chaleur. Notre point d'arrivée à 800m d'altitude promet la canicule dans la vallée. Je descend donc en mode prudence, toujours en petite foulée rasante, afin de préserver mes cuisses. Il me faudra 2 heures pour arriver à Bourg St Maurice. La fin sur le plat avec un peu de route aura été dure. Dur! Dur! de courir. L'envie de marcher est souvent forte !

Voilà 50 km de fait. Et dire que cette 1ère partie est plutôt dite facile !. Paraît-il que la course commence maintenant ! Allez, il est temps de recharger les batteries: coca, oranges, bananes et beaufort, tout passe bien. Je me pose beaucoup de questions sur la quantité d'eau à emporter pour la section suivante. Mes 2 bidons ne vont jamais suffire. Sur l'insistance de Nathalie, je décide de compléter mon hydratation d'une bouteille de Quezac... La suite me donnera raison.

Retour sur ma TDS 2015
Retour sur ma TDS 2015

Après 20 minutes de pause, il est temps d'attaquer le fort de Platte. Et là le combat commence véritablement . Cette montée va s'avérer exigeante, véritable juge de paix du caractère guerrier ou non du trailer. Imaginez cette ascension sans aucune ombre, 29°C, pas d'air, un chemin pentu. Bon nombre de coureurs s'octroie des pauses sur le bord du chemin. J'en fais de même. Il faut gérer son corps. Malgré la difficulté, à aucun moment l'idée de jeter l'éponge me traverse l'esprit. Au contraire, je sais que si cette section est passée, les chances d'aller au bout sont fortes. Mon objectif est d'atteindre la mi-course et le Cornet de roselend; la suite paraissant moins dure "sur le papier". En attendant, il faut réussir à avaler ces 2100m de dénivelé positif en une montée. Et sur ce tronçon, il est impressionnant de voir tous les 10 mètres des coureurs assis ou couchés en train de gérer... Ah! ma fameuse bouteille de Quezac a certainement fait des envieux à ce moment là. Bien m'en a pris de me charger plus, sans ce complément, pas dit que l'objectif aurait été atteint.

Maintenant que le Fort de Platte est passé, le chemin devient moins exigeant, mon corps reprend ses esprits. Je vais mieux. Le terrain est plus à ma convenance, il m'a fallu près de 2h30' pour commencer à mieux revivre la course. Le col de la Forclaz est atteint, je me pause pour manger et contempler le paysage, tout en observant la suite. Impressionnant d'apercevoir où la course nous emmène, au Passeur de Pralognan... Les chemins, sur cette portion, sont bien moins roulants. Il faut être prudent, mettre les mains sur les rochers pour descendre. Reste 300 mètres pour atteindre le col, et je me dis que passer de jour cette section est un réel avantage. Le col est atteint, je range mes bâtons et attaque la descente pentue dans un pierrier technique. Des cordes sont installées. Je n'hésite pas à m'en servir. Et me voilà parti vers la base de vie de Cornet de roselend. Ca sent bon l'écurie...

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La lumière commence à diminuer lorsque je me présente à la base vie, repère salutaire pour se refaire une petite santé. Je récupère mon sac et en profite pour changer chaussettes et t-shirt. Les pieds sont intactes. Aucun bobo à déclarer. Place au ravitaillement, d'abord du sac à dos avec barres de céréales et boissons, puis ravitaillement copieux avec potage, beaufort et finalement tout ce qui me fait envie sur les tables bien fournies en cookies, fruits, ect... Voilà déjà 40 minutes de passé lorsque je regarde ma montre, j'accélère la fin de ma pause et repars en mode nuit avec la lampe frontale visée sur la tête, et une épaisseur de plus sur le corps.

En sortant de la tente de ravitaillement, la nuit est tombée. C'est pleine lune et ciel étoilé. La température agréable annonce une nuit calme en montagne. Une nouvelle course commence. Reste 54 km et 3000 mètres de dénivelé à parcourir, telle est ma logique de toujours compter sous la forme d'un compte à rebours.

Direction le col de la sauce, je repart vraiment seul dans le noir. C'est un moment très agréable de ma course. Je profite de cette ambiance. J'aperçois le chapelet de frontales au loin qui me donne la direction du prochain col. Je me sens en forme, sans appréhension des heures à venir. Dès lors, ma progression va me permettre de rattraper et doubler bon nombre de coureurs. Le col est atteint facilement, il était à mon goût plutôt roulant. Avec 3 autres coureurs, nous attaquons la descente, et en courant s'il vous plait. Le rythme est bon. La vigilance est quand même de mise puisque l'humidité a fait son apparition. Certains passages sont glissants et il n'est pas rare de se retrouver les fesses à terre, heureusement sans conséquences. Cette descente jusqu'à la gitte passe vite et bien. Il faudra revenir de jour sur ces chemins pour apprécier cascades et paysages, on aura juste perçu la force de l'eau par son bruit en passant dans ces gorges au chemin creusé dans la montagne éclairé par nos frontales. Moment de concentration sur la pose du pied, ce n'est pas le moment de glisser !

Maintenant que l'on a descendu, reste à remonter au col du Joly ! Finalement, il s'agit plus d'une longue traversée sur chemins pierreux. le chemin est pas roulant et technique. Il est facile de visualiser le prochain ravito (lumière), et même de "l'entendre" (sono), mais un interminable détour va nous emmener jusqu'au terme de cette section montante. A ce moment là, je sens que mon rythme a baissé. Il ne s'agit plus de doubler, mais plutôt de ne pas lâcher le concurrent me précédant. Tout ceci est géré avec lucidité. Prochaine étape, se ravitailler en salé (une bonne soupe...) et derrière la descente vers les contamines où la famille m'attend.

Arrivé au ravitaillement, j'en profite pour m'asseoir. Les écarts se creusent, et il y a moins de concurrents en même temps. Il est 2 heures du Matin. Je m'autorise une pause de 10 minutes en fermant les yeux la tête posée sur la table. Et c'est reparti, cette fois-ci avec un espagnol. On va faire toute la descente ensemble en alternant marche rapide et petits pas de course. Il me sèmera sur le bas lorsque nous entrons dans la forêt et que les racines glissantes me feront aller au tapis par 2 fois. Je choisis le mode prudence pour finir cette descente. Peu de sensations de gêne, de douleurs aux tendons ou autres, il me reste 4 km de plat pour rejoindre les contamines. C'est d'abord en marche rapide, puis en footing que je fonce vers les lumières de la ville. Il est environ 4h00' du Mat. Nath, Pierrot et Margot m'attendent emmitouflés dans leur polaire. Ils sont fort courageux également.

Je m'accorde une pause de 30 minutes (que ça va vite) pour me ravitailler, échanger en famille, et me faire poser un pansement en bas du dos. Le frottement du sac commence à brûler la peau. Je me soigne juste à temps. A ce stade, je sais que la course est gagnée. J'irais au bout, c'est sûr. Je ne me soucie peu de la suite et du fameux col du tricot annoncé très difficile.

Il est de plus en plus difficile de boire et manger du sucré. Seul la soupe et les oranges sont bien tolérés. Finalement, je repars des contamines sans avoir abusé du ravito. J'ai maintenant envie d'en finir.

C'est donc sur un bon rythme que j'attaque la sortie des contamines. Nous attaquons avec 3 autres coureurs une montée raide dès le ravito. Finalement, je ne sais plus trop ce qui m'attends, le dénivelé à monter, à quelle altitude se situe le col du tricot. Et la fatigue m'empêche de me concentrer pour trouver ces informations dans mon cerveau. Je file donc bon train dans une montée qui n'en finit pas de grimper fortement. Je largue mes compères en maintenant mon rythme. A cet instant, je suis un peu euphorique. Je me laisse emporter par la forme du moment sans penser à la suite. Je viens de griller quelques cartouches que je vais regretter dans peu de temps. En effet, je termine la montée au chalet de truc avant d'attaquer une descente pas très longue mais raide qui nous amène au pied du col du tricot. Nous sommes bloqués derrière 2 personnes qui avancent très lentement. Le chemin étroit ne nous permet pas de les doubler. Ce rythme très lent me pèse au fur et à mesure sur mes tendons. Ce sont les premiers signes de fatigue douloureuse sur mon corps. Les 100 km sont actés. Plus que 20 à faire. Et là, en face, il est facile de voir le col du tricot. C'est tout droit, face à nous, et tout en haut. Il fait encore nuit lorsque je commence la montée. Le jour sera levé au passage du col. Et il est vrai que ce col est coriace après déjà 7000 mètres de dénivelé. Je fais une montée pas à pas, très lente. La fatigue est là. En fait, en arrivant au col, je m'attendais à pire ! Je m'étais préparé à souffrir dans l'idée de grimper dans un pierrier sans chemin. Le col du tricot, c'est raide mais ca reste un chemin marqué. (à refaire en famille, l'endroit offre une ambiance de haute montagne avec les glaciers très proches).

Maintenant que le jour est là, la frontale retourne dans le sac, les bâtons aussi. Il faut faire la descente en 2 étapes. D'abord rejoindre Bellevue, sur des chemins qui me sont bien connus. Mais je peine à recourir. C'est plutôt en marchant tout en tapant la discute avec un coureur d'Annecy que je poursuis mon chemin. Bellevue en vue, 2ème partie en direction des houches, soit 800m de dénivelé en 4 km. Je suis pressé d'arriver. L'envie de courir est vite freinée par les douleurs au tendon rotulien. Je gère car je sens que les tendons commencent à être en feu. Le soleil a également fait son retour, et la chaleur avec. Il est 9 heures, déjà ! et me voici près du but. En tout cas, Les Houches à mes pieds, je déroule sur la route comme je peux... finalement je marche c'est mieux.

Dernier ravito. Il reste 8 km pour rejoindre Chamonix. Le chemin pour terminer m'est bien connu. Je savoure. je me surprends même à courir, certes de façon éphémère ! (je vous l'accorde). Que c'est bon d'y être.

Cette fois-ci, mon heure d'arrivée me permet de profiter de l'ambiance de la ligne d'arrivée. Les encouragements lors de la traversée de la rue principale font plaisir. Pierrot et Margot m'attendent impatients à l'entrée de la ligne droite. Voilà le moment tant attendu, la concrétisation d'un objectif sportif partagé en famille, nous passons ensemble la ligne d'arrivée. Quel bel instant. Cette TDS restera un souvenir mémorable. Que d'émotions.

Pour concrétiser cette belle aventure, tous mes remerciements vont à ma belle petite famille et à son soutien inconditionnel, à Nathalie, Pierrot et Margot. La préparation de cette course nous a permis de découvrir en randonnée sportive le massif central et le Puy de Sancy, le Pays Basque et ses montagnes, la vallée de Samoens et ses cascades...

Merci aux copains de l'asso, tout particulièrement Fabien et Lionel pour les raids longues distances partagés ensemble . C'était une bonne façon de préparer la durée de course.

Merci au club de vélo pour les entrainements du WE sur les routes de Vendée. C'était une bonne façon de préparer les cuisses.

Merci à tout ceux qui ont partagé à distance mon périple pendant la course. C'était une bonne motivation pour aller au terme de cette TDS.

Retour sur ma TDS 2015
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